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La neutralité médicale en question : bibliographie

Des sources pour comprendre pourquoi le soin n'est jamais « hors du politique », et comment les discriminations s'y fabriquent : textes fondateurs, études françaises, cadres pour la formation.

Pour qui : Étudiant·es en santé, internes, soignant·es, enseignant·es

On apprend souvent aux soignant·es qu’un bon professionnel « ne fait pas de politique ». Ces lectures montrent que cette neutralité est elle-même apprise, et qu’elle peut servir à taire les causes des inégalités de santé. Elles distinguent deux choses : l’impartialité dans le soin, qui est une exigence, et le silence face aux causes, qui n’en est pas une.

Textes fondateurs

  • Rudolf Virchow, rapport sur l’épidémie de typhus en Haute-Silésie (1848). Envoyé enquêter sur une épidémie, le fondateur de la pathologie moderne conclut que ses causes sont sociales et recommande des réformes politiques. Pour une présentation : J. P. Mackenbach, « Politics is nothing but medicine at a larger scale », Journal of Epidemiology and Community Health, 2009.
  • Frantz Fanon, « Le syndrome nord-africain », Esprit, 1952. Le psychiatre décrit comment la médecine de l’époque disqualifie la douleur des patients maghrébins. Un texte toujours éclairant sur les préjugés dans la prise en charge.
  • Didier Fassin, L’espace politique de la santé, PUF, 1996. La référence française sur la santé comme objet politique.
  • Paul Farmer, Pathologies of Power, 2003. Sur la notion de violence structurelle et ses effets sur la santé.

Comment on apprend à se taire

  • F. W. Hafferty et R. Franks, « The hidden curriculum, ethics teaching, and the structure of medical education », Academic Medicine, 1994. Le « curriculum caché » : tout ce que les études de santé transmettent sans l’enseigner, des blagues en staff aux silences devant la hiérarchie.
  • H. S. Becker et al., Boys in White, 1961. L’étude sociologique classique de la socialisation des étudiants en médecine.

Des cadres pour la formation

  • J. M. Metzl et H. Hansen, « Structural competency: theorizing a new medical engagement with stigma and inequality », Social Science & Medicine, 2014, vol. 103, p. 126-133. Cinq compétences pour voir comment le logement, le travail, le droit au séjour ou l’accès aux soins produisent les symptômes, plutôt que de tout attribuer à la « culture » du patient. Sans doute l’outil le plus opérationnel pour une intervention en fac.
  • Commission de l’OMS sur les déterminants sociaux de la santé, Combler le fossé en une génération, 2008.
  • Série du Lancet « Racism, xenophobia, discrimination, and health », décembre 2022.
  • F.-X. Juven, F. Pierru et F. Vincent, La casse du siècle, Raisons d’agir, 2019. La gestion hospitalière comme suite de choix politiques.

Données françaises

  • Défenseur des droits, testing sur les refus de soins (2019). Auprès de 1 500 cabinets, des refus de soins discriminatoires explicites ont été relevés chez 9 % des dentistes, 11 % des gynécologues et 15 % des psychiatres. Le principal critère était la CMU-C ou l’ACS. L’étude constate peu d’écarts selon l’origine supposée au niveau national, tout en relevant des discriminations liées à l’origine dans certaines régions : citer ces nuances rend le propos plus solide.

Un levier déontologique

L’article R.4127-7 du Code de la santé publique impose au médecin de soigner avec la même conscience toute personne, quelle que soit notamment son appartenance ou non à une religion. La neutralité envers les patient·es est donc une exigence d’égalité ; elle n’impose pas le silence sur les causes des inégalités.

Les objections à connaître

Pour que le débat tienne face à un public sceptique, il faut connaître les contre-arguments, à commencer par le devoir de neutralité des agents publics, validé par le Conseil d’État et par la Cour européenne des droits de l’homme (arrêt Ebrahimian c. France, 2015, au sujet d’une assistante sociale voilée dans un hôpital).

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